MacTabac

Le Projet Kromm: sonnets.

12 janvier 2009

Acte I

Désespoir au château - de cela je fais montre -
Car le désir n'est plus sauf envers les maîtresses,
Monsieur veut un enfant, Madame n'est pas contre
Mais comment donc le faire sans plus de caresses?

Pourtant Madame encore attire les regards:
La belle est fort bien faite et dans la fleur de l'âge,
"Choisis dans mes sujets un homme pour un soir!
Dès l'affaire conclue, le quitter sera sage."

"Monsieur, j'ai fait mon choix. Voyez ce jeune éphèbe! -
Il sent l’afféterie turpide de la plèbe!
Soit ! Je te laisse à lui, mais n'en abuse pas."

"Bel homme, acceptez de dîner dans mon boudoir !
Soyez impertinent... L'alacrité du soir
Ne me rend pas impie mais, lorsque je vous vois..."

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14 janvier 2009

Je n'aurais pas dû sortir

Je le savais bien. Je n'aurais pas dû sortir.
Il n'y a pas un bruit mais ils sont là, partout
Progressant, étouffant les sons des pas, des tirs
Trop tard. Mais si je meurs, que je meure debout.

Mes yeux piquent et je tremble, m'éloigner du mur!
Plus je les surprendrai, plus ce sera violent
Que ma marche soit droite, et neutre ma figure
Ma tête concentrée jusqu'au dernier moment.

Mère ne cède pas, ne crie pas je t'en prie!
Retiens-toi par pitié: tu ne peux rien pour moi
S'ils t'entendent ou te voient tu mourras toi aussi!

Horreur en voilà un! Un autre! Quelque chose
A bougé... Mais, venez! Je ne combattrai pas!
Mon Dieu, j'avance encore... Et soudain tout explose.

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16 janvier 2009

Acte II

Après trop de lampées l’éphèbe est au piano,
Madame est au miroir avec le poudrier.
"Savez-vous quelques stances ? – Un rythme furioso !
Je manque un peu d'aisance… - J’arrive ! – Attendez !"

"Oh! Je ne puis attendre!", il s’en vient : "Un baiser!
Et voici un peu d'air... Fichtre la généreuse!
- Oui... Non! Vous êtes fou! Cessez vos privautés!
- Mais vous priverez-vous d'une danse amoureuse?"

"Je suis perdue! Charmée! Perfide que vous êtes...
Vos doigts primesautiers me font tourner la tête!
- C'est vous qui me tenez, délicieuse mégère!"

"Venez au grand miroir – La  volupté m'emporte !
Vos lèvres sont partout ! – Supportez que je sorte
Echanger le lot de mon double spéculaire..."

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18 janvier 2009

Un bouquin de Nerval

Je t'achète aujourd'hui un bouquin de Nerval
Un vieux bouquin jauni à un euro cinquante
Découvert à l'arrière d'un piteux étal
Où il était coincé depuis les années trente.

Je traverse la rue, demande des pétoles,
Et vais m'asseoir à la terrasse d'un troquet
Je veux une gauloise, un café à l'alcool
Pour ouvrir ce bijou avec ivresse et paix!

Puis dans une enveloppe je vais le glisser.
Ah! Dieu! si tu pouvais toi aussi savourer
Ces délices fous qui ne naissent que des urnes!

Adieu les vérités, adieu les balivernes,
Tu te retrouverais alors hors de ta turne!
Délivré dans la rue de la Vieille-Lanterne.

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19 janvier 2009

Acte III

"Je vais le congédier, puisque c'est un succès,
Pour qu'il ne vous tourmente ou s'attarde en bécots!
- Mon Dieu! Laissez-le-moi! Jaloux! - D'un coquelet?
- Ami, je vous verrai dans les bois du château."

Au belvédère ainsi: lubriques rendez-vous,
Le lierre comme un lit transforme le béguin
En unions passionnées et roucoulements doux
Jusqu'au jour où Madame en ressent le butin.

Fou de la ronde mère, le mari aimant
La délaisse aussitôt qu’arrive l'innocent…
"Dieu! Si ça pouvait être mon bel Adonis!"

Quand tout à coup surgit et pointe son pétoire
L'apollon courageux sur Monsieur sans espoir:
"Saute sur mon pur-sang! Et toi, rends-moi mon fils!"

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20 janvier 2009

Gadjo sans prétention

Quatre membres, tête, cou, tronc, mains, pieds et verge
Apparaissant de rien et frappés d'un esprit
On le dira « humain » mais cette grande asperge
Ne sait pas qui elle est, claudiquant dans la vie.

Gadjo sans prétention, tu peux t'attendre à tout
Car ils seront nombreux et fiers comme Artaban
A venir t'inculquer leurs fois de gabelous
A prétendre t'aimer tout en te chapitrant.

Il faudra te méfier alors de tout le monde
Des gribiches agressives et des gabiers discrets
Toi-même tu n'es fiable et pourtant tu t'y fondes!

Dis toi que tout est faux. N'attends pas de réponses.
Reprends la question où le mensonge a tranché
Et reste indifférent aux sourcils qui se froncent!

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21 janvier 2009

Ivresse

Les couleurs d'une étoffe appelant la douceur
Offrent un buste aux traits ronds qui s'inclinant vers vous
Dévoile simplement une gorge où douze heures
Entrent avec confusion stimuler votre goût!

Car des lèvres charnues sortent bientôt un cri,
Les pommettes sont roses et le regard sensuel:
Vous tendre d'un bras blanc un plat de souvlakis
Sous couvert de Midi, c'est offrir un peu d'elle!

Alors vous approchez de la fenêtre ouverte
Recherchant les fragrances du corps parmi toutes
Et vous laissez aller avec délice au doute!

Mais vos sagacités brillamment dites à perte
Ne distrairont qu'un temps les idées de la belle...
Elle est hippomobile, et vous une haridelle.

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22 janvier 2009

Cure d'étrangeté

Dans sa vie il en fit des cures de tous styles
Pour tout syndrome pour tout symptôme existant
On lui en découvrit des tares peu fragiles!
Il connaissait par cœur ce théâtre et riant:

Il payait chaque fois ces philistins pédants,
Ne comptant que sur lui pour enfin pénétrer
Fuyant le réalisme, au tarif des mendiants,
Comme remède la cure d'étrangeté!

Dans son idée pourtant il était rigoureux
Mais bien peu le savaient car n'osant l'approcher
Ils le croyaient atteint d'un coryza douteux...

Un peintre obtint plus tard pour quelques escudos,
De faire le portrait de l'humble décédé
La belle vanité! On ne vit que des os.

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25 janvier 2009

A l'arrache

J'ai pas d'allure c'est pour que tu me regardes
Vois mon visage sale et mes cheveux si gras
Qu'on beurrerait les pâtes en en coupant un bras!
Que veux-tu, j'ai pas l'eau, là-baut dans ma mansarde.

Allez regarde-moi et ça te distraira!
C'est la seule raison qui m'a fait m'asseoir là:
Sous l'écran qui diffuse ce qui t'intéresse
Un match entre deux villes, une nouvelle messe.

Que j'aime à t'inspirer ces violents sentiments
Ça m'amuse à un point qui me surprend moi-même
Et voilà du café sur mon pantalon blanc!

Je grommelle "Garçon! Ajoutez de la crème!"
Il me répond "Monsieur, parlez-moi autrement",
Puis il sent que j'ai bu et me quitte en souriant.

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26 janvier 2009

La poule au pot

Je suis rue de Toulouse allant pour m'engager
Dans une avenue noire de monde et soudain
Un homme titubant m'arrête de la main
Il est vieux et barbu, ses habits déchirés!

"Et vous, qu'en pensez-vous?" me dit-il aussitôt
Puis voyant que j'hésite sur ce qu'il attend
Il bave et continue "Qui de la poule au pot
Et de l'oeuf à la coque est apparu avant?"

J'y pense un court instant mais comme il s'impatiente
Je dis "Mais c'est la poule, enfin, mon bon Monsieur!"
Il interpelle alors, déçu, une passante.

Je continue ma route en y réfléchissant
Et commande un whisky pour m'y retrouver mieux
Quand soudain j'ai envie d'interroger les gens!

Lancé par Ivi Kromm à 13:26 - Rennes - Bloc Réa [0] - Liens [0] - Permalien [#]
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