MacTabac

Le Projet Kromm: sonnets.

12 novembre 2008

Hier à l'inconnue

Je suis arrivé là un soir et si j'y tiens
C'est que dès ce moment il fallut définir
En brûlant les étapes; des règles à subir
Et depuis cet instant j'ai peur du quotidien.

J'ai peur du quotidien, de l'organisation
J'ai peur de tous ces freins qu'on met aux aventures
Du bon sens qui empêche la moindre ouverture
A de nouveaux soleils, aux douces consomptions.

Aux douces consomptions suivant les découvertes
De plaisirs inconnus, de ruptures avec l'être
Qu'on aurait présenté hier à l'inconnue...

Hier à l'inconnue je ne présentai rien
Mais nous nous définîmes en usages congrus
Et depuis cet instant j'ai peur du quotidien.

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13 novembre 2008

Bord de route

Il y avait une fontaine vieille et sale
Autour d'elle la friche humide et les insectes
Sentaient mauvais et la statue du saint local
Avait laissé sa place à des déchets abjects.

En écartant la flore on distinguait au fond
Des piécettes jaunies ornées de tâches vertes
Les têtards y grouillaient au son lourd des grillons
Tout a été vendu comme l'on vend à perte.

Aujourd'hui la pluie martelle le bac à fleurs
Elles résistent à peines et leurs fades couleurs
Laissent deviner les mégots entre les tiges.

Un peu blasé je mets le miens dans la poubelle
Redresse mon chapeau et serre mes bretelles
Posté devant la porte du car qui se fige.

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14 novembre 2008

Y

Mon étrange initiale m'invite au voyage
Son nom même suscite la curiosité,
Elle entraîne le rêve hors des classiques cages
Sous la protection d'Yves, et la main de Yahvé.

Concrète elle m'enchaîne au pays par mon nom
Pourtant ce qu'elle inspire ici est fou, magique:
C'est la grande et belle Ys, jetée dans l'Atlantique
Car ce « i » est liquide et soigne en Yverdon!

Naissant dans les grands fleuves de l'Himalaya
Qui l'envoient vers Sydney, le Yémen puis l'Afrique:
Il rayonne au Cameroun, peuple le Nigeria;

Nage jusqu'à Stanley, traverse l'Amérique;
Sort par le Yukon ou le Yucatán maya...
Pour l'Europe de Yourcenar plus que Yalta!

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15 novembre 2008

Sourires enivrés

Oh non, je ne veux pas être sur ta photo
Je m'en vais l'étranger, tu ne sais rien de moi
Je ne suis pas assez surprenant, drôle ou beau
Ces sourires enivrés par contre sont à toi.

Ne me poursuis pas, l'étranger, reste avec eux
Vois ces moments à partager, laisse moi fuir
Reste si tu cherches du plaisir, l'homme bleu
Car auprès de moi tu n'as qu'une chose à dire.

Qu'importe le contexte et vive l'émotion
Je ne suis que flammèches de vie, sensations
Alors aime-moi the earth and the sun above!

Je suis une musique emporte moi l'esprit
Tu peux tout obtenir sans être mon ami
So take me in your arms and love me, love me, love...

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16 novembre 2008

Le niais

Quelques heures de marche en plein soleil d'été,
Un léger mal de crâne et un peu fatigué,
Ne sachant où aller pour rejoindre la ville,
Je suis un jeune niais, jeune un peu trop tranquille.

Tranquille? Pas vraiment ; c'est assez inexact
Vis-à-vis de moi-même j'ai bien trop de tact
« Imbécile » dira sans nul doute ma mère
Qui vient à mon secours de son sourire amer.

Oh, si c'était moi seul, j'aurais évité ça,
Je m'en serais rentré balançant mes deux bras,
Voir un peu de pays: voilà qui me fait vivre.

Mais la vie d'un jeune homme est faite d'amitiés
Et lorsque l'on m'appelle j'oublie d'hésiter
Voilà pourquoi ce soir je serai encore ivre.

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17 novembre 2008

Chapitre 1: La pute

Elle avait un court châle à chahuter sans cesse
Pour goûter à tout prix aux saveurs de sa peau
Car lorsque l'on voyait son visage, ses tresses
On ne l'oubliait plus, on rêvait à ses mots

On rêvait à son corps, opulent et affable
Qui se donnait à vous au creux d'un chaud pucier
Nombreux ceux qui l'aimaient sur l'herbe ou sur le sable:
Pugilistes, barbons, freluquets, roturiers.

Tous les hommes du peuple - et elle en prenait soin -
Venaient en ses contours chercher du réconfort
L'âme et les bras puissants ils sortaient au matin!

Quand aux jaloux huppés qui l'appelaient "la pute"
S'agitant devant eux, généreuse et hirsute
Elle se foutait d'eux comme on se fout des morts!

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18 novembre 2008

Vague sainte

Voilà trois ans, ma vie, qu'elle m'est apparue
Ma sainte dégueulasse à la voix dont l'essence
Dans la futilité, l'alcool, la négligence
Laisse traîner un feu d'origine inconnue.

Et devant nous un soir, voilà qu'elle est humaine!
Avec un bonnet noir la femme vieille et belle
Sous l'abri d'un hangar avance sûre d'elle
Invitant au butoir d'un ciel sombre, sereine.

Jeune et laide sirène abondant de bonté
Elle sourit, séduit, remercie puis s'écrie
« Disperse-toi la mer de possibilités! »

Et puis prend sa guitare étreignant la lubie
De transmettre au hasard en courts regards perdus
Les briquets pour des feux d'origine inconnue!

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19 novembre 2008

L'oracle (I)

Entendez-vous ces pas, lourds de sens, ces voix graves ?
C'est le monstre qui descend de son piédestal !
La tête haute il nous quitte, il part sans entraves
Une lueur dans ses yeux malgré ses mains sales.

Bonnes gens, ne dansez pas ! Voyez: - Où va-t-il ? -
Il va courir la campagne en quête de sang !
Nous l'entendrons hurler ! - Pourquoi? Que cherche-t-il ? -
Il cherche à revenir plus gros et plus puissant.

Prenez garde ! - Mon Dieu! - Dans son glorieux retour
Il vous tendra la main et de mots de velours
Il dira "J'ai changé ! Je viens pour vous servir !"

Souvenez-vous alors de toute la souffrance
Que le monstre a semé ! Vous n'aurez qu'une chance
S'il arrive à entrer, il aura votre empire.

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20 novembre 2008

Chant

Vous avez les bras longs, vous pouvez tout atteindre
Mon argent, ma maison, je ne possède rien
Si tout n'est qu'illusion - car vous savez tout feindre
C'est que votre bastion est le plus vieux terrien.

Saison après saison, il a gagné en force
Aujourd'hui ses tours sont au-delà du possible
D'où vous voyez les fonds les plus creux de l'écorce:
Les ports sont des prisons, les refuges des cibles.

Mais il reste un domaine à l'accès tortueux
Invisible, intouchable, il résiste à vos ondes
Accueille et s'enrichit, alimentant la fronde!

Ainsi s'il m'arrivait d'échouer à ce jeu
Qu'est pour moi d'échapper aux cachots matériels
J'échapperai encor, ressourcerai ma moelle!

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21 novembre 2008

Chapitre 2: Le chapelier

En ses contours chacun trouvait du réconfort
Sauf les jaloux huppés qui l'appelaient "la pute"
Alors elle dansait, généreuse et hirsute
Les faisant saliver, mais les laissant pour morts!

J'eus l'honneur quelques temps d'être son chapelier
J'inventais pour ses traits, son joli chalazion
Son profil alléchant, sa marche chaloupée...
Quand cela l'ennuyait, elle embrassait mon front.

L'un à l'autre donné avec outrecuidance
J'étais protéiforme, elle était bayadère
Elle gérait ma vie, je la regardais faire.

Ensemble nous prenions en charge les plus fous
Disant "Ne dormez pas! Profitez de la transe!"
Car déjà ils crevaient dans le nid de coucous.

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